{"id":121,"date":"2024-02-14T17:34:40","date_gmt":"2024-02-14T16:34:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.neymet.net\/?page_id=121"},"modified":"2024-02-14T17:34:40","modified_gmt":"2024-02-14T16:34:40","slug":"121-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.neymet.net\/en\/121-2\/","title":{"rendered":""},"content":{"rendered":"<p class=\"qtranxs-available-languages-message qtranxs-available-languages-message-en\"> <\/p><p>Jardin secret<\/p>\n<p><strong>Aline Galmiche-Cartier<\/strong><\/p>\n<p>Psychanalyste<\/p>\n<p>ans le cadre de mon activit\u00e9 professionnelle, je rencontre r\u00e9guli\u00e8rement des adolescents, en groupe de parole1. Bien qu\u2019il ne soit pas question d\u2019intimit\u00e9 dans nos \u00e9changes, je<\/p>\n<p>D<\/p>\n<p>m\u2019engage aupr\u00e8s d\u2019eux \u00e0 rester discr\u00e8te quant au contenu de leur parole. Je les invite \u00e0 faire de m\u00eame et c\u2019est \u00e0 cette occasion que l\u2019un d\u2019eux r\u00e9pondit : \u00ab Oui, je vois, c\u2019est le serment d\u2019Hippocrite \u00bb. J\u2019ignore si ce mot d\u2019esprit \u00e9tait ou non volontaire, mais il laisse \u00e0 penser sur la possibilit\u00e9 de tenir sa langue, la fiabilit\u00e9 d\u2019un tel engagement, et l\u2019imposture probable qui lui est sous-jacente. Ce jeune homme mettait le doigt sur le malentendu qui fait du secret une mise en sc\u00e8ne du langage. Sur ce point, les adolescents, qui cultivent l\u2019art de l\u2019esquive, ont beaucoup \u00e0 nous apprendre. Ils ont cette fa\u00e7on privil\u00e9gi\u00e9e de dire, en cachant, l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de ce qu\u2019ils traversent, et d\u2019interroger les particularit\u00e9s de la relation \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<h3>Le secret dans sa dimension structurante<\/h3>\n<p>Je propose ici d\u2019aborder le secret dans sa dimension structurante; celle qui participe de l\u2019organisation, tant de la civilisation que du sujet humain. Il a en effet une fonction constitutive de rep\u00e8res qui ordonne la pens\u00e9e et le d\u00e9sir. Allant de pair avec ce qu\u2019il contient (son objet) et ce qui le cache (son \u00e9cran, son voile) il implique le regard, le savoir et le d\u00e9sir.<\/p>\n<h2>Les soci\u00e9t\u00e9s anciennes<\/h2>\n<p>Dans ce cadre, l\u2019initi\u00e9 est seul \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 une <em>v\u00e9rit\u00e9. <\/em>C\u2019est seulement \u00e0 l\u2019issue d\u2019un long cheminement le mettant \u00e0 l\u2019\u00e9preuve qu\u2019il pourra traverser le passage vers une nouvelle communaut\u00e9. Un savoir, potentiellement dangereux, voire destructeur pour les autres, lui est d\u00e9voil\u00e9. De m\u00eame lors du rituel, nul ne conna\u00eet l\u2019identit\u00e9 de l\u2019initi\u00e9 qui porte le masque. L\u2019accent est donn\u00e9 \u00e0 la transformation vis\u00e9e chez le participant non-initi\u00e9 et qui s\u2019appuie sur cette double ignorance. L\u2019existence d\u2019un savoir secret contribue l\u00e0, \u00e0 la structuration de l\u2019identit\u00e9 collective en inscrivant chacun dans son lien au monde. D\u2019ailleurs, l\u2019initiation consiste g\u00e9n\u00e9ralement en une confrontation avec le manque : manque de r\u00e9ponse absolue aux questions existentielles sur les origines, la mort, l\u2019absence de v\u00e9rit\u00e9 derni\u00e8re\u2026 Ce manque dans le savoir se localise diff\u00e9remment selon les cultures et s\u2019illustre dans les l\u00e9gendes et les mythes fondateurs.<\/p>\n<ol>\n<li>Avec l\u2019association Arcr\u00e9ation Mot de Passe<\/li>\n<\/ol>\n<h2>Le th\u00e9\u00e2tre<\/h2>\n<p>Dans l\u2019espace th\u00e9\u00e2tral, se d\u00e9clinent aussi, mais autrement, d\u2019autres formes du secret. Regarder, voir, \u00eatre vu, montrer, se cacher\u2026sont autant de jeux avec le d\u00e9sir de savoir. Outre que l\u2019on situe l\u2019une des origines du th\u00e9\u00e2tre dans les Myst\u00e8res, il y a toujours un noyau obscur qui engendre la tension dramatique. Sur sc\u00e8ne ou hors sc\u00e8ne, on trouve lieux d\u2019ombre, identit\u00e9s voil\u00e9es, jeux de rideaux et de paravents, passe-passe \u00e0 travers miroirs et judas. Il s\u2019agit de cacher pour mieux montrer et dire, d\u2019exhiber pour mieux cacher. Un essentiel y circule qui toujours se d\u00e9robe. Se tournant vers l\u2019int\u00e9riorit\u00e9, il transforme l\u2019observateur en spectateur. L\u2019inaccessible \u00e0 l\u2019\u0153uvre appelle la curiosit\u00e9 et entretient la tension qui porte jusqu\u2019au d\u00e9nouement. Face au voile qui ne se l\u00e8ve pas avant que l\u2019essentiel soit jou\u00e9, le d\u00e9nouement demeure souvent secondaire.<\/p>\n<h3>La fonction du secret<\/h3>\n<p>Ces deux pas de cot\u00e9 soulignent comment agit la fonction du secret. Finalement cela ne semble pas si diff\u00e9rent de ce qui se passe dans la construction de la pens\u00e9e et la structuration du psychisme. On peut appr\u00e9hender la pens\u00e9e humaine \u00e0 partir de la notion de limite qui trace une ligne de diff\u00e9renciation entre moi et non-moi. On ne pense que lorsqu\u2019on a int\u00e9gr\u00e9 le fait que c\u2019est moi et moi seul qui pense. D\u2019autre part, tant que l\u2019on n\u2019\u00e9nonce pas ce que l\u2019on pense par une parole, l\u2019autre n\u2019y a pas acc\u00e8s. Notre pens\u00e9e, c\u2019est notre jardin secret.<\/p>\n<p>Une jeune fille restait mutique en s\u00e9ance. Ne sachant pas comment orienter le travail th\u00e9rapeutique avec elle, je lui proposais la m\u00e9diation par le dessin. Un jour, alors qu\u2019elle repr\u00e9sentait sa chambre, elle exprima une grande col\u00e8re envers sa m\u00e8re et sa \u00ab <em>manie de fouiller dans ses tiroir<\/em>s \u00bb. Apr\u00e8s avoir mis cela en perspective avec <em>ma <\/em>demande de parole, v\u00e9cue comme une v\u00e9ritable fouille de son int\u00e9riorit\u00e9, elle a interrog\u00e9 la valeur de ma garantie de confidentialit\u00e9 et commenc\u00e9 \u00e0 construire une intimit\u00e9 psychique. Une fois l\u2019ouverture op\u00e9r\u00e9e, une parole fluide s\u2019est d\u00e9pli\u00e9e indiquant au psychanalyste son r\u00f4le de gardien des secrets. Cette vignette clinique indique bien que l\u2019activit\u00e9 psychique intime n\u2019est pas donn\u00e9e, elle se construit. On le constate \u00e9galement avec les personnes psychotiques : toute-puissance de la pens\u00e9e, hallucinations, d\u00e9lires d\u2019intrusion\u2026<\/p>\n<p>L\u2019hypoth\u00e8se que je propose serait que la pens\u00e9e se construit \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience n\u00e9cessaire du secret, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un savoir qui nous \u00e9chappe. Une logique dynamique de circulation de la pens\u00e9e peut s\u2019enclencher alors par le biais de la parole entre soi et l\u2019autre. Qu\u2019est-ce que je dis, qu\u2019est-ce que je r\u00e9v\u00e8le \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 quel autre ? Qu\u2019est-ce que je garde pour moi, qu\u2019est-ce que j\u2019invente, qu\u2019est-ce que je dis que je sais sans le dire ?&#8230;Le d\u00e9sir y est impliqu\u00e9 et pour chacun de fa\u00e7on singuli\u00e8re. Certains n\u2019ont de secret pour personne, sont tr\u00e8s vite familiers ; d\u2019autres cultivent<\/p>\n<p>la pudeur dans le silence et la r\u00e9serve. Or nous savons qu\u2019il n\u2019y a pas de corr\u00e9lation quantitative entre parole et pens\u00e9e.<\/p>\n<p>Pr\u00e9cocement, l\u2019enfant vit d\u2019abord dans l\u2019illusion qu\u2019il a acc\u00e8s \u00e0 tout, qu\u2019il est le monde. Avec les premi\u00e8res \u00e9preuves du manque, qu\u2019il ne peut supporter, il commence par halluciner, le sein par exemple. L\u2019absence de ce dont il a besoin le rend vuln\u00e9rable et cela est intol\u00e9rable au d\u00e9but. Petit \u00e0 petit, il lui faut d\u00e9velopper des moyens d\u2019accepter ce manque et d\u2019en faire quelque chose. Tout comme l\u2019initi\u00e9, il doit avancer sur un chemin de <em>travail<\/em>. Cette m\u00e8re qui s\u2019absente, il va la r\u00e9inventer et, par cette premi\u00e8re cr\u00e9ation de pens\u00e9e, il lui donne une existence psychique. Mais c\u2019est une existence sous forme d\u2019\u00e9nigme : O\u00f9 va-t-elle ? O\u00f9 est- elle ? Qu\u2019y a-t-il ailleurs qui l\u2019\u00e9loigne de moi ? Ce secret, l\u2019\u00e9nigme du d\u00e9sir de la m\u00e8re, pousse vers la formulation d\u2019hypoth\u00e8ses. Il suscite la curiosit\u00e9, un d\u00e9sir de savoir ce qui se cache derri\u00e8re le manque. Pour soutenir l\u2019\u00e9laboration des enfants, certains contes transposent par l\u2019imaginaire les al\u00e9as de l\u2019interdit ou de la sc\u00e8ne dite primitive : <em>Barbe Bleue <\/em>par exemple.<\/p>\n<p>L\u2019angoisse cr\u00e9\u00e9e par la tension de l\u2019absence peut orienter le sujet vers deux issues, deux versants possibles du secret. Ce qui reste insupportable est refoul\u00e9 et constituera l\u2019inconscient, ce qui reste myst\u00e9rieux permettra la sublimation.<\/p>\n<p>Serge Tisseron diff\u00e9rencie \u00e9galement deux formes de secret. <em>Le secret relationnel<\/em>, connu de soi-m\u00eame peut \u00e9voluer avec la vie, se transformer avec le souvenir. Il implique l\u2019autre en tant que limite servant de rep\u00e8re \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de soi. <em>Le secret intime, <\/em>en revanche, est issu de nous-m\u00eame, il suppose un effet de censure. Il se rapproche de l\u2019inconscient car il est mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart de notre vie psychique consciente pour nous prot\u00e9ger mais tend \u00e0 se faire reconna\u00eetre.<\/p>\n<h3>Conclusion<\/h3>\n<p>L\u2019artiste serait-il celui qui cherche \u00e0 mettre en forme ce qui pousse de l\u2019int\u00e9rieur et lui fait \u00e9nigme ? Il est celui qui parmi nous peut connecter sa vie psychique avec de la mati\u00e8re archa\u00efque, enfouie ; celui qui, comme le ritualiste, peut r\u00e9v\u00e9ler aux autres une part de v\u00e9rit\u00e9 humaine, \u00e0 travers ses \u0153uvres qui mettent en forme son propre insondable. C\u2019est peut-\u00eatre pour cette raison que l\u2019artiste est souvent scandaleux : un secret a toujours un parfum de scandale et de transgression. C\u2019est peut-\u00eatre aussi ce qui fait la diff\u00e9rence entre la culture et le divertissement. Car ce n\u2019est pas l\u00e0 o\u00f9 on le croirait que se perd aujourd\u2019hui le plus le sens de la r\u00e9serve2.<\/p>\n<ol>\n<li>Le corps<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jardin secret Aline Galmiche-Cartier Psychanalyste ans le cadre de mon activit\u00e9 professionnelle, je rencontre r\u00e9guli\u00e8rement des adolescents, en groupe de parole1. Bien qu\u2019il ne soit [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-121","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.neymet.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/121","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.neymet.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.neymet.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.neymet.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.neymet.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=121"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.neymet.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/121\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":122,"href":"https:\/\/www.neymet.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/121\/revisions\/122"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.neymet.net\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=121"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}